Le « Quart en moins » ou l’enfarinage

Le « Quart en moins » ou l’enfarinage

Le « quart », selon les années et les points de vue 25 à 30 %, qui manquerait au salaire féminin par rapport au salaire moyen masculin, est dans les représentations comme la tête de l’hydre qui repousse chaque fois que l’examen critique la réduit.

On peut bien objecter (ou concéder, la doxa s’y résout nolens volens) les facteurs structurels qui l’expliquent – et à notre sens la réduisent à rien –, c’est toujours le chiffre magique de la moyenne globale qui revient à la surface du bruit médiatique, jaillissant sous la plume du sociologue biaiseux ou du journaliste pressé, pour illustrer tel ou tel aspect de la distribution de l’emploi ou des comparaisons femmes-hommes.

Ces facteurs structurels, Rachel Silvera, qui a publié Un quart en moins[1], en reconnaît avec d’autres auteurs un bon nombre : temps de travail, rémunération spécifique aux heures supplémentaires, catégories d’emploi, qualification, secteur d’activité, taille de l’entreprise… Et comme autant d’auteurs néglige de chercher les autres, pour aboutir à un taux de « 9 % de l’écart salarial » qui demeurerait « inexpliqué »[2].

Le « quart en moins » n’est pas un fait, mais seulement le résultat d’un arrêt contingent de la lecture à un moment – la moyenne globale – de la représentation statistique. Lire la suite

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Facteurs structurels négligés – 1. Qualifications

C’est une bévue courante en sociologie que de négliger la liberté de l’acteur dans la fascination du système, d’oublier que les stratégies individuelles produisent le système en même temps qu’elles en subissent la contrainte.

Sur le marché du travail, les places ne sont pas autoritairement prescrites (ce ne serait plus un marché), mais fonction de choix individuels sous contraintes exogènes (sans lesquelles ce ne serait qu’un marché). Pour les uns, ces contraintes ne laissent que l’illusion d’un choix ; pour les autres elles entrent en considération et en combinaison dans l’agencement prospectif d’un plan de carrière. La plupart de la population active a connu divers degrés d’autonomie entre les deux pôles. En ce qu’elles peuvent s’entendre comme des facteurs de reproduction (à l’instar du capital culturel transmis par le milieu familial), les contraintes exogènes qui orientent la conduite des acteurs affectent des classes, des groupes repérables dans la verticalité de la société, bien plus que les sexes. Lire la suite